un travail pour histoire de la bd.
Elodie Durand: La Parenthèse
Autobiographique, “La Parenthèse” est le témoignage d’une jeune fille dont la vie est bouleversée par la maladie.
“ Et toi,
alors ? qu’as-tu fait tout ce temps? ”
La
parenthèse est d’abord une chasse aux souvenirs, une tentative de réponse à une
question trop longtemps esquivée.
J’ai choisi
cette planche car elle m’avait touchée dès la première lecture, pour sa
pertinence et sa ressemblance avec ce que je vivais alors.
C’est une
planche qui sert d’introduction à l’histoire, d’élément déclencheur.
J’apprécie
particulièrement le fait qu’elle
parte d’une situation normale de tous les jours, d’une petite question anodine,
posée au coin d’une rue, par une ancienne copine. Une petite question qui d’un
coup court-circuite la conversation, et devient une interrogation essentielle. Une question à laquelle le récit qui va
suivre tente de répondre.
En une
phrase et 5 cases noires et blanches, hyper éfficace, Elodie Durand réuni 3 des
problèmes majeurs auxquels on se retrouve confronté, malade.
Il y a la
question du temps qui passe, puis la question du faire, de nos actions qui
cessent, et bien sûr, la question de nos rapports aux autres.
Une fois
malade, le temps s’arrête, mais on est bien le seul pour qui c’est le cas.
Est-ce que
le temps s’arrête simplement parce que l’on arrête de “faire” ?
Qu’est ce
qui se passe vraiment, quand on est malade ?
Et qu’est
ce qu’on peut bien répondre aux autres ?
Comment se
faire comprendre ?
Dans son
cas, cette question est encore plus terrible car elle a perdu la mémoire, et ce qu’elle tente de reconstituer est
un espace vraiment vide, avec seulement quelques fragments flous.
Dans ces 3
cases où les gens avancent, comme des ombres, chacun absorbés par sa propre
vie, elle se dessine seule, en
train de courir, d’abord pour fuir cette question trop dérangeante, ce passé
qu’elle ne peut expliquer.
Mais aussi
déjà pour retourner dans ce passé, chercher la réponse à cette question,
qu’elle ne peut finalement pas éviter plus longtemps.
J’ai eu
envie de partir de ce même problème, qui m’avait frappé par sa similitude avec
le mien, mais aussi d’en accentuer les différences.
Malade,
J’ai ressenti le même désarroi face à ce genre de questions en apparence
anodines. Mais pas exactement pour les mêmes raisons.
L’auteur
met surtout l’accent sur le temps, qui est passé sans qu’elle ne s’en
aperçoive. J’avais envie de mettre l’accens sur le “faire”, car ,
contrairement à elle, j’étais bien consciente du temps qui passait, je me
souvenais bien de tout, seulement, je ne pouvais plus rien faire. Consciente,
j’ai vraiment eu l’impression de disparaitre, non pas parce que je ne me
souvenais pas, mais bien parce que je ne savais plus faire que me souvenir. On
nous donne souvent l’impression que si on ne fait plus rien, on est plus rien
non plus.
Elle parle aussi
d’un point de vue de recul, au passé, d’une parenthèse qui s’est refermée. Je
parle au présent, pour aborder une question qui se tourne vers le futur. Ma
parenthèse n’est pas encore refermée.
J’ai donc
repris sa manière d’aborder le sujet, son trait, son système de narration et
presque exactement les mêmes cases. Mais en inversant la première qui se
retrouve à la fin, en y apposant ma question, et en y laissant du vide.
En plus de
la fuite, la course devient alors celle du devenir, de l’avancement vers le
futur, qui, en avançant avec les phrases où chaque chose s’arrête, se fige
petit à petit, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à dire, plus aucune action à faire, plus rien pour continuer de devenir, de courir. Là où le personnage
aurait dû se trouver, il ne reste que le vide.
Même si à
la base je n’ai pas du tout le
même style graphique qu’elle ni la même manière de raconter les choses, ce
travail m’a beaucoup aidé pour savoir où je voulais aller. Comme elle, j’ai ce
besoin de raconter ce qu’il s’est passé, pour tenter de comprendre, de faire
comprendre, et puis surtout, de transformer, de créer à partir de ce qui nous a
d’abord détruit.
En tentant
de comprendre comment elle avait abordé l’introduction à son récit et aussi ce
qui m’avait tant touché dans cette planche, cela m’a permis de me poser les
bonnes questions, et finalement de savoir ce qui m’importe personnellement de
raconter.
Car cette
planche, qui raconte déjà beaucoup n’est en soi que l’introduction, que la
question à laquelle j’ai envie de répondre par la suite.
Qu’est ce qui se passe quand
on ne sait plus rien faire, quand on ne devient plus ?
Est-ce que l’on disparait vraiment pour
autant ?